CRITIQUE | FILM

10 POUR CENT : 90% à côté

Critique | Dix pour cent, la série, c’est un parcours hors norme et un succès qui dépasse l’entendement. Après ses débuts sur France Télévisions, son arrivée sur Netflix et de nombreuses adaptations à travers le monde, la série tirait sa révérence en 2021 au terme de quatre saisons. Face à un tel succès, Netflix ne pouvait évidemment pas en rester là..

SYNOPSIS

Cinq ans après la fermeture de l’agence artistique ASK, Andréa Martel s’est reconvertie dans la réalisation et s’apprête à tourner son premier long métrage. Mais quelques jours avant le début du tournage, Laurent Laffitte, son acteur principal, se désiste après une suggestion de son agent Mathias, la plaçant dans une situation critique.

© Dix pour cent, le film

Elle se fâche avec son producteur et décide de se rapprocher alors de Noémie Leclerc, devenue productrice de télévision d’une sitcom à succès, pour trouver l’acteur qui prendra le rôle principal masculin de son film à Laetitia Casta, mais seul Vincent Macaigne est disponible. Or l’agent de Macaigne n’est autre que Gabriel Sarda, toujours dans l’agence rivale Starmédia. De plus, le tournage dans le Var l’éloigne de Colette, dont elle est séparée, et de leur fille, ce qui rend Andréa encore plus nerveuse et déterminée à faire un film à succès.

Illustration stylisée d'un nuage jaune avec des éclaboussures rouges, représentant une séquence d'explosions.

NOTRE CRITIQUE

Cinq ans après la dernière saison, l’équipe d’agents de stars la plus célèbre de France revient à travers un long-métrage. Une longue absence qui a forcément créé un manque et c’est bien sur ce terrain que le film choisit de jouer : celui de la nostalgie assumée, sans jamais chercher à s’écarter du chemin tracé par la série originale.

Le hic, c’est que ce qui était au commencement la principale caractéristique de l’existence de ce film se transforme finalement en son principal défaut : il s’est écoulé 5 ans. En cinq années, beaucoup de choses se sont passées, et en particulier dans la carrière des acteurs. Car depuis la fin de la série, Camille Cottin et Laure Calamy ont pris une longueur d’avance considérable sur leurs partenaires, jusqu’à devenir deux figures incontournables du cinéma français. Une évolution qui déséquilibre forcément l’ensemble et transforme rapidement Dix pour cent, le film en un véritable « Cottin-Calamy Show« , qui s’éloigne sensiblement de ce qui faisait l’identité de la série. Son intérêt reposait justement sur cet équilibre entre les différents agents et assistants, sur leurs ambitions, leurs trajectoires et leurs destins qui se croisaient au sein de l’agence. Chacun avait sa place, son rôle et son importance dans cette mécanique collective qui permettait de raconter les coulisses du métier d’agent de stars. Le film, lui, semble avoir complètement oublié cet ADN. Entièrement focalisé sur ses deux vedettes, il relègue le reste du casting à l’arrière-plan, se contentant de les faire graviter autour d’elles sans véritable substance ni trajectoire. Certains sont même purement et simplement oubliés, à l’image de Sofia, incarnée par Stéfi Celma dans la série, qui disparaît totalement de l’intrigue. Et finalement, au regard du résultat, ne serait-elle pas la plus chanceuse ? Car, pour tous les autres, pourtant personnages principaux de la série, l’écriture semble les avoir incorporés au chausse-pied. Pendant près de deux heures, nous les regardons gesticuler sans véritable but, sans évolution et, surtout, sans écriture. Nous avons une pensée pour Fanny Sidney, dont le personnage de Camille Valentini est réduit à quelques minutes de présence, sans jamais avoir le moindre impact sur cette histoire déjà bancale. Quant à Liliane Rovère et son personnage d’Arlette Azémar, elle hérite d’une écriture poussive et maladroite, comme on n’en avait pas vu depuis bien longtemps.

© Dix pour cent, le film

Et du côté des guests, le constat n’est pas beaucoup plus réjouissant. Dix pour cent, la série, reposait avant tout sur des caméos de stars aussi improbables les uns que les autres, et si l’on devait résumer son ADN en un seul trait, ce serait cette autodérision avec laquelle les artistes acceptaient de se moquer de leur propre image. Le film, lui, perd totalement cette dimension. Laetitia Casta et Vincent Macaigne sont volontaires et font le job, mais ils se retrouvent presque promus au rang de personnages principaux, avec un poids narratif plus important que certains membres de la bande. Quant aux véritables caméos, ils se révèlent particulièrement décevants. Laurent Lafitte n’apporte finalement rien de plus que ce que nous avions déjà pu voir dans la bande-annonce, Eva Longoria semble surtout présente pour donner au film une raison de justifier sa durée, et George Clooney est simplement venu en copain de Camille Cottin, entre deux pauses Nespresso. Au final, tout ce qui constituait l’essence du succès de la série se retrouve abandonné, balayant d’un revers de main l’élan nostalgique que le projet cherchait pourtant à incarner. Et c’est d’autant plus frustrant que, derrière cette volonté de retrouver une époque révolue, le film ne semble finalement pas avoir de véritable raison d’exister. Pire encore, il vient même piétiner la conclusion de la série. Tout le cheminement parcouru par les personnages au fil des saisons se trouve réduit à néant. Leurs évolutions, leurs accomplissements et leurs points d’arrivée ne sont jamais pris en compte. Le film préfère les ramener à ce qu’ils étaient autrefois pour coller à l’image que le public gardait d’eux, quitte à sacrifier toute cohérence avec leurs trajectoires. Un choix qui se révèle particulièrement déconcertant et décevant.

Malgré tout, on ne passe pas un mauvais moment devant Dix pour cent, le film. Retrouver des personnages que l’on aime autant, même dans une œuvre imparfaite, reste un petit plaisir. Camille Cottin et Laure Calamy possèdent ce talent rare de porter un film à bout de bras, même quand celui-ci vacille. Et certaines séquences parviennent malgré tout à raviver un peu d’intérêt. Mais cela ne suffit pas à masquer l’évidence : prolonger l’histoire de Dix pour cent par le format long est un pari largement manqué. Le film oublie ce qu’était la série, ce qui faisait son charme et, surtout, pourquoi nous l’aimions autant. Sa seule véritable qualité, finalement, c’est d’être suffisamment anecdotique pour que l’on puisse facilement l’exclure de la continuité globale et ne garder de Dix pour cent que son univers sériel.

EN DEUX MOTS

En oubliant ses personnages et l’autodérision qui faisaient son charme, le film devient une pâle copie de la série, incapable de prolonger intelligemment son histoire. Une déception d’autant plus regrettable qu’elle vient fragiliser une conclusion pourtant réussie.

2,5

Note : 2.5 sur 5.


Abonne toi au site !

Ils en parlent également : Les cahiers du cinéma, Ecran large ou Abus de ciné

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Watchbuddy

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture