CRITIQUE | FILM FESTIVAL DE CANNES

LE CORSET : quand la colonne familiale se tord

Critique | Après avoir collaboré avec Alexandre Astier sur les deux longs-métrages d’animation Astérix, Louis Clichy revient cette année avec son premier projet solo, Le Corset. Le film s’est déjà fait remarquer dans plusieurs festivals, notamment à Cannes, dans la sélection Un Certain Regard, et à Annecy, où il a remporté le prix du jury ainsi que le prix du public. Mais cet engouement est-il mérité ?

SYNOPSIS

Dans une ferme au coeur de la Beauce, Christophe, 11 ans, règle ses pas sur ceux de son père. Mais à l’école, à la maison, sur le tracteur, Christophe penche et tombe. Il est obligé de porter un corset pour filer droit. Tandis que la ferme traverse des moments difficiles, Christophe grandit comme il peut. Il découvre la musique et fait la rencontre de Clara, avec qui tout semble devenir possible. Le Corset est un film d’animation franco-belge réalisé par Louis Clichy sorti en 2026. Le film est sélectionné dans la section Un certain regard du Festival de Cannes 2026 et y remporte le prix spécial du jury.

© Le Corset
Illustration montrant une série de formes jaunes représentant des éclats, avec des éclaboussures rouges, suggérant une réaction explosive.

NOTRE CRITIQUE

Ce qui frappe d’emblée dans Le Corset, c’est son humour. Dès la scène d’ouverture, qui met en scène une séance photo de classe chaotique, Christophe se révèle être un garçon spontané, au caractère bien trempé et sujet aux tocs. Fils d’agriculteur, il arrive à un âge où il est censé prendre davantage de responsabilités à la ferme et seconder son père, comme son grand frère JB avant lui.

Pourtant, malgré toute sa bonne volonté, Christophe n’est pas en mesure de répondre à ces attentes : il penche, il a une scoliose. Cette particularité physique va bouleverser l’équilibre déjà fragile de sa famille et creuser un fossé entre lui et son père. Le choix d’une animation 2D aux accents traditionnels, entre encre et aquarelle, apporte une fraîcheur et une forme d’insouciance qui contrastent avec la dureté des sujets abordés. Alors que son père attend de lui qu’il se responsabilise, Christophe reste un enfant, incapable de mesurer pleinement les difficultés que traverse sa famille. Le parti pris graphique traduit avec brio ce décalage entre l’enfance et les responsabilités qu’on lui impose, tout en préservant une certaine légèreté au récit. À l’école, Christophe est également malmené par ses camarades en raison de son handicap. En pleine puberté, à un âge où le regard des autres est particulièrement lourd, il doit composer avec un corps qui ne correspond pas aux normes. Les moqueries dont il est victime s’apparentent à une forme de harcèlement. C’est là que réside l’une des grandes réussites du film : parvenir à sensibiliser le spectateur à la précarité du monde rural et aux violences sociales sans jamais sombrer dans le pathos, le jugement ou le voyeurisme. Le récit conserve au contraire un ton léger et dynamique, porté par un humour omniprésent qui empêche le propos de s’alourdir.

© Le Corset

Au cœur du film se trouve la relation père-fils, mais aussi, plus largement, la violence qui traverse les générations et les milieux sociaux. À ce titre, Le Corset fait écho à un climat contemporain où la colère s’exprime partout et où le dialogue semble de plus en plus difficile à établir. La métaphore est particulièrement forte : celle d’une jeunesse malmenée, peu considérée, qui grandit de travers et peine à trouver son équilibre. La suite du récit emprunte toutefois des chemins assez attendus. Ce sont finalement la musique et la natation qui permettront à Christophe de s’épanouir, de mieux s’accepter et de sortir de l’indifférence paternelle. Il rencontre notamment Michel, l’organiste du village, doublé par Alexandre Astier, ainsi que Clara, une jeune fille particulièrement dégourdie qui l’initie à l’art du vol à la tire (une pratique à ne pas reproduire). D’ailleurs ça se lâche pas mal dans les insultes chez les enfants. Difficile de ne pas penser à Billy Elliot : une fois encore, l’art apparaît comme un puissant moteur d’émancipation et de construction de soi. Si cette trajectoire fonctionne, le film n’échappe toutefois pas à quelques maladresses. Les personnages féminins, à l’exception de Clara, manquent notamment de profondeur et sont assez oubliables. Le Corset est un récit initiatique (coming of age) à la fois dur et tendre. On s’attache profondément à Christophe et à son entourage, et l’on se laisse emporter par cet ouragan de violence, de maladresses et de possibles.

EN DEUX MOTS

Malgré quelques faiblesses dans l’enchaînement des situations et une conclusion qui laisse légèrement sur sa faim, le film touche par son regard sur l’enfance, le handicap et les fractures familiales et sociales. Un véritable coup de cœur et un engouement largement mérité ! Mais je ne remercie pas le film de m’avoir collé du Stéphanie de Monaco dans la tête.

4

Note : 4 sur 5.


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