CRITIQUE | SERIE

CARRIE : tout juste la moyenne

Critique | Après avoir fait plusieurs séries pour Netflix et avoir adapté plusieurs œuvres de maîtres de l’horreur comme Poe et Stephen King, Mike Flanagan décide de remettre le couvert en adaptant une nouvelle œuvre de Stephen King, déjà portée à l'écran par Brian De Palma : Carrie. Cette énième adaptation de la jeune fille harcelée au pouvoir télépathique vaut-elle le coup ? 

SYNOPSIS

Depuis sa naissance, Carrie White vit recluse de la société, cachée par ses parents, Margaret et Ralph. Néanmoins, quand son père meurt et que son existence est révélée, elle est contrainte de s’inscrire au lycée de la ville. Moquée par ses camarades, elle va commencer à développer un pouvoir de télékinésie après une énième attaque au lycée. Carrie est une série télévisée américaine développée par Mike Flanagan, diffusée depuis le 7 octobre 2026 sur Prime Video.

© Carrie

NOTRE CRITIQUE

Après avoir fait des séries aussi bonnes que The Haunting of Hill House et The Haunting of Bly Manor, l’enthousiasme était permis à l’annonce d’une nouvelle adaptation de Carrie par Mike Flanagan. Le réalisateur est connu pour la façon qu’il a d’allier une horreur visuelle marquée, une attention sur l’écriture de ses personnages ainsi que son habitude de cacher des détails subtils pour provoquer une angoisse lancinante chez son spectateur. Et l’on était évidemment en droit de demander autant d’attention pour cette nouvelle série.

La principale force de Mike Flanagan reste la gestion de son casting, on retrouve plusieurs membres de la Flanagan Family comme Rahul Kohli, Michael Trucco ou Samantha Sloyan. Cette dernière campant une très bonne adaptation à l’ère contemporaine de la mère de Carrie, Margaret White. Même si le traitement du personnage est bien différent du personnage de base, mais on reviendra sur ce point plus tard. Il faut également reconnaître la force du jeu des nouveaux arrivants chez le réalisateur. Summer H. Howell, que l’on retrouvait déjà enfant dans La Malédiction de Chucky et Le Culte de Chucky, incarne avec beaucoup de justesse cette nouvelle version de Carrie. Découvrir Carrie et son évolution à travers ce qui est, pour elle, un tout nouveau monde est sûrement un des meilleurs aspects de la série. L’actrice arrivant parfaitement à rendre Carrie très attachante dans la plupart de ses scènes et beaucoup plus angoissante dans ses dernières scènes. Le reste du casting des lycéens n’en est pas en reste pour autant. Des personnages beaucoup plus secondaires dans l’œuvre de De Palma sont ici beaucoup plus mis en avant, notamment Sue (interprétée par Siena Agudong) et Chris, l’instigatrice du harcèlement de Carrie (interprétée par Alison Thornton, qui fait un très bon travail pour rendre le personnage détestable). Mais si l’interprétation des personnages est un des points positifs de la série, elle permet d’éclairer un des points qui est hélas une faiblesse : les changements de Flanagan dans son adaptation et comment cela impacte les personnages..

© Carrie

Le principal changement, celui de l’époque du récit des années 70 aux années 2020, est un choix judicieux et presque inévitable tant la thématique du harcèlement est de plus en plus reliée à celle de l’âge d’or des réseaux sociaux dans lequel nous vivons actuellement. D’autant que la façon dont Mike Flanagan traite les réseaux sociaux n’est pas la pire qu’on ait pu voir à l’écran ces dernières années, même si l’on reste dans le trope des réseaux comme un danger en excluant leurs aspects positifs. Introduisant l’idée d’un compte Instagram nommé CarrieRed fait pour humilier Carrie, le réalisateur joue avec la puissance des réseaux que l’on connaît tous, mais lorsque ce compte devient un défouloir sur tous les élèves et même les professeurs du lycée, le propos semble dépasser son œuvre. Comment une école s’étant fait harceler quasiment dans son ensemble toute une année en arriverait-elle à provoquer malgré tout la fameuse scène de moquerie du bal de promo ? Ce n’est qu’un exemple de certains des changements de Mike Flanagan qui font tâche dans ce récit lorsque ce dernier souhaite rattacher les wagons avec l’histoire originale de Stephen King. Mais le principal problème dans l’écriture de cette série, c’est la façon de déresponsabiliser les personnages. Dans le récit original, tous les personnages sont responsables de leurs actions, que ce soient les harceleurs de Carrie, sa mère ou même Carrie elle-même lors du massacre du bal de promo. Ici, Mike Flanagan semble chercher des excuses à chacun de ses personnages..

© Carrie

Comme mentionné plus haut, Margaret, la mère de Carrie, n’est plus une mère extrêmement abusive, mais devient une mère surprotectrice prête à tout pour sa fille, y compris à faire des choses que le public considère comme mauvaises. Néanmoins, avec la maison dont le personnage est représenté, le public peut plus lui donner des excuses et même le prendre en pitié à certains moments. Il en est de même pour Chris, la principale harceleuse dont les parents sont en instance de divorce et dont le père est de plus en plus en faillite à mesure que la série avance. Une faillite causée entre autres par l’arrêt d’un de ses chantiers suite au décès du père de Carrie, donnant presque une raison à Chris pour harceler Carrie. Et enfin, Carrie, dont le massacre pour lequel elle est connue est complètement déresponsabilisé avec la création d’un nouveau personnage qui représente très bien un autre problème de la série : Emaline. Emaline est une amie que se fait rapidement Carrie, une amie qui n’interagit étrangement avec personne d’autre dans le lycée, et dont le twist qu’elle ne soit pas réellement là est assez prévisible. Elle va aider Carrie à maîtriser ses pouvoirs assez rapidement dans la série, la convaincre de ne plus se laisser faire par sa mère et surtout va prendre le contrôle de Carrie lors du fameux épisode du bal, enlevant complètement l’impact et le sens de cette scène..

© Carrie

Le problème qu’engendre Emaline est également ce qu’on pourrait appeler un syndrome « Stranger Things » ou « Marvel » à la série. En effet, on a vraiment l’impression de voir une copie étrange d’Eleven lors des entrainements de Carrie pour maitriser ses pouvoirs. Et la cerise sur le gâteau est ce groupe de femmes aux capacités surnaturelles introduites dès l’épisode 1, qui semble faire lien avec d’autres œuvres de Stephen King, mais qui finissent surtout par empêcher la série d’avoir une véritable fin. Les dernières scènes laissent clairement des possibilités pour une seconde saison au lieu de clore le récit. On pourrait presque croire que le succès de Bienvenue à Derry, qui a lié l’univers de Ça à celui de Shining, a influencé certains points de cette série. Mais le point le plus affligeant de cette série est sûrement la réalisation quasiment absente de Mike Flanagan par rapport à ses autres œuvres. Même en excluant ces œuvres cinématographiques, l’univers visuel du cinéaste dans ses séries est toujours extrêmement marqué, teinté de détails avec un bon travail de composition. Or, il n’y a quasiment aucune idée de mise en scène qui sort du lot dans la série. Même dans Sermons de Nuit (plus faible que ses deux séries The Haunting), Mike Flanagan tenait le spectateur par sa réalisation et son travail des lumières. Mais ici, Carrie aurait pu être réalisée par n’importe quel yes-man de plateforme de streaming, hormis pour quelques rares fulgurances. Et si l’on pouvait croire que le réalisateur se réservait pour l’épisode final, il n’en est hélas rien puisque les scènes de destruction de Carrie sont plates et loin d’égaler le travail de De Palma, ou même des deux autres films sortis en 2002 et 2012.

Il est quand même bon de reconnaître certains aspects positifs, la série est la seule adaptation qui reprend l’idée des articles nous prévenant des évènements catastrophiques sur le point d’arriver à travers des scènes montrant des interviews pour un documentaire. Même si, ces scènes auraient été encore plus efficaces en reprenant un format documentaire et qu’elles n’étaient pas liées à ce fameux groupe de femmes aux pouvoirs paranormaux évoqué plus tôt. La série a également un très bon rythme, les multiples intrigues que Mike Flanagan ajoute s’insèrent bien dans l’histoire de Carrie et les huit heures de la série passent relativement vite. En définitive, on est bien plus proche du remake de huit heures du film de De Palma (lui faisant d’ailleurs un hommage peu subtil dans le dernier épisode) que d’une nouvelle adaptation du roman, en évitant toujours les thématiques plus complexes de ce dernier, comme en castant une actrice correspondant aux canons de beauté et en ne questionnant pas plus que ça la façon dont chacun peut se retrouver dans de mauvaises positions..

A retrouver sur Prime video

EN DEUX MOTS

Malgré un fort potentiel, Mike Flanagan s’ancre un peu trop dans notre époque en nous donnant un récit presque formaté pour un public de séries Netflix, loin de ce qu’il a pu nous proposer de meilleur. Carrie est une série qui passe le temps, mais qui ne marquera pas autant le public que sa première adaptation de 1976 ou encore que les premières séries de Mike Flanagan.

2,5

Note : 2.5 sur 5.


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