SYNOPSIS
Une classe de terminale part en voyage scolaire à Pompéi. Chaque élève a sa personnalité et évolue autant individuellement qu’au sein de ce groupe accompagné par leur professeure. Conflits, rires, débats enflammés, émois.. La bande de jeunes semble vivre des expériences adolescentes tout à fait classiques, sans s’attendre à ce que ce voyage ne les marque pour le restant de leur vie. Il s’agit du premier long-métrage de la réalisatrice Marine Atlan, présenté en compétition officielle dans la catégorie « Semaine de la critique » au Festival de Cannes 2026, où il y remporte le Grand Prix.


NOTRE CRITIQUE
La Gradiva suit un groupe d’élèves de terminale en voyage scolaire avec un réalisme quasi documentaire. Dans ce magnifique et respectueux portrait de la jeune génération d’aujourd’hui, on ressent surtout la volonté d’aller à la rencontre de cette jeunesse, de l’observer, l’écouter, et prendre le temps de la comprendre. Loin d’avoir un regard boomer cringe sur la génération Z, le film fait écho aux heures d’entretiens de Marine Atlan et de sa co-scénariste avec différents lycéens. Les thématiques traitées comme l’amitié, le sexe, l’addiction, la politique ou encore la santé mentale, combinées aux dialogues et à la façon de communiquer des personnages, sont d’une justesse remarquable. On pourrait croire à des authentiques scènes issues de documentaire.
D’une durée finale de 2h25 – bien que la première version du montage aurait duré quatre heures – le film prend en effet le temps de contempler et comprendre les différentes dynamiques de cette jeunesse. De ces profils individuels variés, pour lesquels on se passionne, formant au global le portrait d’adolescents remplis de désirs et de questionnements. On suit notamment trois personnages : Toni (Colas Quignard) James (Mitia Capellier) et Suzanne (Suzanne Gerin). Tous ont des profils et caractères différents, qui en même temps se rejoignent et se comprennent sur de nombreux aspects. Les personnages ne sont pas stéréotypés comme ceux des teen movies classiques, même si certains profils sont parfaitement identifiables, comme Suzanne la weirdo qui peine à s’intégrer, ou James le fuckboy qui fait mine d’être au-dessus de tout. A travers leurs nombreuses interactions, on nous offre un accès privilégié aux diverses facettes de leur personnalité, à leurs contradictions, ainsi qu’à leurs fragilités respectives. Le long-métrage s’impose comme une succession fluide d’échanges informels entre les adolescents, absolument passionnante à observer. Les actrices et acteurs, pour la plupart débutants, incarnent parfaitement cette jeunesse à la fois spontanée, fougueuse, mais aussi souvent désemparée. On ressent que les thématiques comme l’intégration au sein d’un groupe, l’anxiété face à l’avenir ou encore l’amitié et la solidarité les touchent réellement, au-delà de leurs personnages. Et c’est absolument magnifique à contempler.

Mais La Gradiva ne se limite pas à son aspect de chronique adolescente. À travers les discussions et débats qui animent le groupe, le film laisse également émerger les inquiétudes et les convictions d’une génération confrontée à cet avenir incertain. La jeunesse n’y est ni idéalisée ni réduite à ses excès et différences avec les précédentes générations. Elle apparaît dans toute sa complexité, autant capable de légèreté que d’émotions fortes comme la colère, la désinvolture et l’engagement. Leur voyage scolaire en Italie – précisément dans la ville de Pompéi – apporte une dimension supplémentaire à ce portrait. Au milieu des ruines et des corps pétrifiés par l’éruption du Vésuve, ces jeunes en pleine construction semblent eux aussi traversés par des bouleversements qui les dépassent. Le contraste entre ce site antique et leur vitalité donne au voyage une dimension métaphorique passionnante. Cette immersion est portée par une photographie rayonnante et une bande originale variée, qui passe de la musique classique à des morceaux contemporains emblématiques de la jeunesse actuelle, comme Kongolese sous BBL de Théodora. Marine Atlan nous livre ainsi un portrait générationnel généreux, qui préfère écouter les jeunes plutôt que de parler pour eux, et c’est sûrement sa plus grande réussite. On rêverait de rester encore plus longtemps en compagnie de cette bande d’adolescents, tant leurs conversations, leurs désaccords et leurs élans nous semblent familiers.
EN DEUX MOTS
On ne voit pas le temps passer et on aurait pu encore rester des heures et des heures avec les personnages si réalistes de La Gradiva. Un portrait générationnel bienveillant, faisant écho à une réalité plus que jamais actuelle. Un film rempli d’espoir, dont la sortie en salles tombe à pic.
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