SYNOPSIS
L’ascension fulgurante de Matt Hagen, de gamin des rues de Gotham à star hollywoodienne, est brutalement interrompue lorsqu’un baron du crime le laisse atrocement défiguré. Abandonné de tous et n’ayant plus rien à perdre, Matt se tourne vers un traitement expérimental qui lui rend miraculeusement son apparence.. mais altère profondément sa perception de la réalité. Il sombre alors dans une spirale destructrice, consumé par un irrépressible désir de vengeance. Clayface est un film de super-héros horrifique américain réalisé par James Watkins, écrit par Mike Flanagan et Hossein Amini et sorti en 2026.


NOTRE CRITIQUE
Si quelqu’un arrive à cerner la stratégie globale de James Gunn pour son univers étendu, qu’il n’hésite surtout pas à se manifester. Entre un Superman old school assez moyen, un Supergirl désastreux qui se la joue punk et la série Lanterns beaucoup plus terre à terre et intimiste, voilà qu’on bifurque subitement vers le body horror.
On se demande bien comment tout ce petit monde va finir par s’imbriquer dans un plan d’ensemble cohérent, mais reconnaissons au moins à cette nouvelle proposition une efficacité redoutable. De ce point de vue-là, ce Clayface signé James Watkins et coécrit avec Mike Flanagan s’avère être une vraie bonne surprise qui ne cherche jamais à se défiler face à son cahier des charges. Du sang, il y en a, de la découpe aussi, sans oublier la chair modelée et les entrailles arrachées qui s’inscrivent dans les belles heures du genre. Et comme les plus beaux effets se cachent souvent dans les détails, le film fourmille de petites idées visuelles qui font la différence. On pense à cette utilisation permanente de lumières rouges et vertes qui baignent l’écran dans une ambiance d’horreur et de dégoût viscéral, à ces traces d’humidité au plafond qui évoquent subtilement des réseaux de veines parcourant un corps vivant, ou encore à ces rideaux délabrés tendus en plein soleil qui ressemblent à s’y méprendre à des morceaux de peau en train de sécher. Tout est pensé pour que le cadre horrifique suinte littéralement de chaque recoin de l’écran. Clayface n’est clairement pas du genre à passer par quatre chemins et va droit à l’essentiel de sa promesse sans s’encombrer de fioritures inutiles. C’est d’ailleurs là que réside son principal défaut, car dans ce fameux surplus évacué se trouve, malheureusement, la profondeur du film. Forcément, dès que l’on parle de l’adaptation d’un vilain emblématique de l’univers de Batman sur grand écran, le Joker de Todd Phillips sonne comme une référence évidente. Ce dernier avait réussi à installer une atmosphère anxiogène en prenant le temps d’approfondir son personnage. La terreur naissait d’une construction psychologique minutieuse, préparant le terrain pour un climax minimaliste à l’impact saisissant.

En comparaison, Clayface fait presque office d’exact opposé. Entièrement obnubilé par l’envie d’exhiber son atout horrifique le plus vite possible, le long-métrage passe complètement à côté du traitement de son protagoniste principal, de la véritable profondeur de son sujet et de l’utilité dramatique de ses personnages secondaires. Cette précipitation permanente se ressent dans la mise en scène et, surtout, dans un montage un peu trop haché. Du coup, inévitablement, dès que le film se fait rattraper par son scénario, parce que forcé de conclure cette histoire, l’intérêt retombe brusquement. Faute d’avoir posé les bonnes bases en amont, les choix du protagoniste manquent cruellement d’impact émotionnel, les destins des figures secondaires sonnent creux, et le film bascule soudainement dans un final orienté vers de l’action héroïque un peu trop basique qui dénote franchement avec le reste de la proposition.
Pourtant, cela ne rend pas le film rédhibitoire pour autant. Parce que le long-métrage suit une ligne de conduite maîtrisée et assumée, sans avoir à rougir. Les effets visuels et les maquillages fonctionnent et parviennent à contourner habilement les contraintes d’un budget limité, réussissant à proposer des images fortes et des séquences mémorables. Nous pensons notamment à cette séquence d’observation nocturne où le personnage multiplie les identités, laissant entrevoir un potentiel gigantesque. Évidemment, on ne s’improvise pas David Cronenberg du jour au lendemain, mais Clayface reste une très belle surprise qui peut garder la tête haute et qui s’impose comme ce que l’univers DC supervisé par James Gunn nous a proposé de mieux sur grand écran jusqu’à présent.
EN DEUX MOTS
Malgré un manque de profondeur psychologique et un final un peu trop convenu, Clayface parvient à surprendre par sa maîtrise du Body Horror et sa direction artistique soignée. Une proposition audacieuse et généreuse qui, sans rien révolutionner, surclasse les débuts de l’ère DC de James Gunn.
3,5
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