TENDANCE | FILM

DRUNK : l’alcool c’est de l’eau

Quelques années après avoir conquis le public du festival de Cannes avec La Chasse, Thomas Vinterberg est de retour pour parler de pinards, coktails et autres breuvages bien alcoolisés. Une comédie dramatique ambitieuse qui nous plonge dans le destin de quatre professeurs en quête de renaissance bien arrosée.

ÇA raconte quoi ?

Le couvre-feu n’empêche pas d’aller au cinéma, et encore moins de remplir les salles. Car oui Drunk est en train de faire un carton. J’ai assisté à cette séance dans une salle quasi pleine. Est-ce que ce n’est pas Drunk qui doit sauver le cinéma finalement ? Mais avant toute chose, présentons le film. Quatre professeurs de lycée, tous aux alentours de la quarantaine, vont mettre en pratique une théorie d’un psychologue norvégien, selon laquelle l’homme aurait dès la naissance un déficit d’alcool dans le sang. Bon, cette théorie ne s’applique pas à Gérard Depardieu, Jean Lasalle et Johnny Depp par contre. Eux, ils sont nés dans une distillerie. Mais revenons sur la théorie en question. Cette dernière affirme qu’avec 0,5g d’alcool dans le sang par jour, nous vivons plus détendu, et cela facilite les rapports humains. En gros, ça rend la vie meilleure.

Et bien il n’en faut pas plus pour convaincre nos quatre professeurs, qui vont tout faire pour mettre en pratique la théorie. Et hop, comme dirait Solda dans le titre « Bande Organisée » : « l’alcool on l’a glou glou glou« . Mais en réalité, le sujet du film n’est pas l’alcool. Ici, on vous parle de la crise de la quarantaine, de l’isolement, de la routine, tout ce que peut connaitre un homme à cet âge-là. Bref, la vie devient barbante et on le devient aussi. Comment changer ça et se donner un nouvel élan ? Bah tout simplement en buvant une bouteille de vodka avant d’aller au boulot les amis.

Notre humble avis

Après avoir réalisé La Chasse ou encore Festen, le danois Thomas Vinterberg revient avec une énième production, toujours bien accompagné de son fidèle compagnon Mads Mikkelsen. Entre drame et comédie, Drunk est une véritable réflexion sur le contraste entre l’adolescence insouciante et les crises existentielles de l’âge adulte. Comment retrouver la désinvolture de la jeunesse ? Une tranche de vie avec tout ce qui l’a façonne : déception, ennuie, joie, tristesse, exaltation ect..

Quelle honte, faire l’apologie de l’alcool en 2020. C’est ce que j’aurais dit si je n’avais rien compris au film. Oui, Drunk parle d’alcool, on ne fait que boire à chaque scène. Mais Drunk n’est pas un clip de prévention contre l’alcoolisme présenté aux collégiens de Marne-La-Vallée. Non, Drunk est autre chose. Le réalisateur ne va (presque) jamais user de l’aspect moralisateur ici. Pourquoi ? Parce que le cœur de l’oeuvre est plus fort. On va vous parler de complicité, de fraternité, parfois même de communion. Le contraste entre les premières minutes du film et le reste est flagrant. Des personnages seuls et exilés au début, et puis vient la formation de ce quatuor avec l’alcool qui va seulement désinhiber le tout. Bon, grâce à des gros cocktails, du bon vin rouge et des shots de vodka, quand même. Le tout accompagné d’une mise en scène naturaliste ultra pertinente. On suit la vie d’un professeur enfermé dans sa routine et à la limite de l’implosion, qui va tout faire pour connaitre une renaissance.

Mais Drunk est déroutant. Ça traite de la lassitude, de l’amitié, des problèmes familiaux, bref de la vie mais à travers un fait social très particuliers : l’alcool. Il faut savoir prendre du recul et ne pas penser bêtement que l’on fait l’apologie des boissons alcoolisées. Il faut prendre de la hauteur, Drunk parle d’alcool mais rarement comme une fin ou un moyen, simplement comme d’un fait social. On ne va pas vous dire si c’est bien ou mal, on va simplement vous dire que ça existe. En tout cas c’est clairement l’objectif du réalisateur, même s’il ne va pas pouvoir tenir cette ligne directrice tout le long.. On va aussi critiquer l’hypocrisie générale dans un monde où la consommation d’alcool est à son paroxysme. Bien illustrée d’ailleurs par une séquence de satire politique. Enfin, des personnages touchants, un Mads Mikkelsenau sommet de son art, de véritables histoires humaines mais comme ces dernières, tout ne peut pas être parfait..

Les scènes où les protagonistes sont alcoolisés sont parfois ratées. On ne voit pas trop en quoi cela améliore leur quotidien, à part rigoler à tout bout de champ et faire des blagues à leurs élèves (en gros des beaufs de soirée, à deux doigts de se dessiner des chibres sur le front quand ils s’endorment). Mais si ce n’était que ça. Au final, le message du film reste trop confus. On sent que le réalisateur souhaite à tout prix éviter le ton moralisateur, mais cela reste trop compliqué avec l’omniprésence de l’alcool. Du coup, il est bien obligé d’ajouter quelques séquences dramatiques, en gros la partie gueule de bois. Et ça casse automatiquement le rythme du film. Malgré une séquence de fin magistrale, on reste sur notre faim. On est coincé entre l’alcoolisme heureux et les dangers de l’ivresse, une frontière fine qui va être dépassé et va justement apporter du flou au message du film.

En deux mots

Deux morales possibles pour ce film : « c’est en osant perdre pied momentanément que l’on vit pleinement » ou « bourrez-vous la gueule (attention vous pouvez en mourir), mais bourrez vous la gueule quand même »

3

Note : 3 sur 5.

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