CRITIQUE | FILM

NOS AMES D’ENFANTS : le meilleur film de l’année, déjà ?

Attrapez votre meilleure bouteille d'alcool, un pot d'antidépresseurs et des mouchoirs.. Puis, jetez-les et soyez attentifs à ce tout nouveau film (le meilleur de l'année ?)

ÇA RACONTE QUOI ?

L’histoire d’un journaliste dépressif chargé d’interviewer des enfants dans tous les Etats du pays afin de leur poser des questions sur ce qu’ils aimeraient voir et être dans le futur. En parallèle de ce fil rouge, le journaliste incarné par Joaquin Phoenix lutte contre sa détresse émotionnelle, son rejet de tout, une bonne dépression des familles en somme.

Problème, entre une mère aux portes de la mort, un neveu très excentrique, et une sœur passive-agressive à tendance dépressive, l’affaire devient vite compliquée. Comme sa sœur doit s’absenter quelque temps pour régler ses problèmes personnels avec son mari malade, il se voit en charge de son neveu hyperactif, qu’il décide d’emmener sur les routes pour ses interviews.

NOTRE HUMBLE AVIS

J’aurais pu écrire une critique de cinq pages sur le film, tant il y a de choses à dire. J’ai une folle envie d’analyser chaque plan du film, tant il est exceptionnellement écrit, joué, tourné, monté. Je ne peux m’empêcher de voir à travers ce long-métrage clairement défaitiste, une folle et assez couillue lueur d’espoir d’un monde meilleur –on prend les paris.

Tout est incroyablement maîtrisé, sur le fond comme sur la forme. Le rythme lent du film est très justement dosé et participe à cette ambiance maladive, tristoune. Les dialogues sont putain de bons, pas une ligne n’est à supprimer, pas une expression, un geste, un regard, un plan. Le film est chi-rur-gi-cal. La musique est très peu présente, ce qui est parfaitement raccord avec le propos. Elle ne se présente jamais sans raison, essentiellement lorsque des torrents d’émotions se déversent sur un personnage, insistant sur le fait qu’il ou elle semble crouler sous le poids du monde. Et bon dieu que le choix du noir et blanc est intelligent. La mise en scène et ses superbes plans toujours très intimistes, très rapprochés, viennent oppresser le spectateur et insister sur l’isolement profond des intervenants autant que sur notre voyeurisme de pénétrer l’intimité, les coulisses d’une famille.

La réponse à toute cette détresse émotionnelle semble se trouver avec les enfants, leurs regards, leurs paroles qui paraissent paradoxalement plus sages. La pureté de leurs dires, sans grande intention, de la simple logique intellectuelle, vient bouleverser les avis tranchés du monde des adultes. Chacun d’eux agit comme un psy et un guide pour l’adulte perdu. L’isolement, la décadence de nos sociétés modernes, le jugement inconscient des autres, les mauvaises éducations, le stress, l’individualisme, l’exil, le rejet de la différence, tout y est traité à travers les paroles des enfants et adolescents interviewés. Le grand Joaquin Phoenix est étincelant. Comme à son habitude, il habite le personnage qu’il incarne. Ici, ce journaliste dépressif qui se laisse aller, n’attend plus rien de la vie, de l’avenir. Ce type de personnage n’est pas sans rappeler celui qu’il incarnait dans « I am still here« . Il semble constamment lutter contre des idées noires. Cette cocotte-minute explosera pour se déverser sur le frangin qui n’a rien demandé –super la famille.

Les questions que le personnage principal pose aux enfants semblent être celles auxquelles lui-même aurait aimé être confronté plus jeune.. Elles peuvent aussi être le reflet de ses propres questionnements. Peut-être cherche-t-il dans cette initiative des réponses, une raison d’avancer à nouveau, de continuer à vivre. Le sens de la vie, de l’Univers et du reste sont au cœur de ce road movie sous prozac. Le personnage principal paraît perpétuellement ailleurs, déconnecté. Il est habilement mis en opposition avec le neveu. Lui, complètement hyperactif, ultra-connecté, et plein d’entrain. Si leur relation est dépeinte avec autant de violence que d’amour familial, ils se retrouvent dans l’accalmie à l’heure de se coucher avec un point commun autour du sommeil. L’oncle dort très mal à cause de ses pensées négatives incessantes, tandis que son neveu a le cerveau constamment stimulé par l’envie de faire de nouvelles choses, indépendamment de l’heure.

Cette dualité se ressent dans les dialogues à double-vitesse, entre Flash de Zootopia et Eminem. Jesse n’a pas eu une enfance conventionnelle de par les pathologies de ses parents. Ces dernières forgeant chez lui ses peurs (de l’abandon principalement), mais créant aussi une grande maturité pour son âge et sa personnalité quelque peu acariâtre. Qu’il s’agisse de rires nerveux ou de réactions disproportionnées à la moindre contrariété, tout présente des signes de détresse émotionnelle profonds et complexes. Ce film traite d’un panel de maladies mentales, sous toutes leurs facettes. Dépression, paranoïa, anxiété chronique, bipolarité, autisme.. Si le récit ou les comportements des personnages ne suffisaient pas, le plan sur Joaquin Phoenix lisant « La famille des ours bipolaires » d’Angela Holloway finira de vous convaincre.

EN DEUX MOTS

Un film très touchant sur nos interactions sociales, avec un Joaquin Phoenix toujours impressionnant. Après Licorice Pizza, 2022 commence décidément très bien côté ciné !

4,5

Note : 4.5 sur 5.

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