CRITIQUE | FILM

BABYLON : le bonheur se trouve dans les salles obscures

Cela va être compliqué de trouver les mots juste face à un tel tour de force proposé par Damien Chazelle, le jeune cinéaste de 38 ans qui a déjà à son actif une impressionnante filmographie. De son virtuose 'Whiplash', en passant par la brillante justesse de 'La La Land' et en terminant avec le plutôt osé 'First Man'. Notre critique de son nouveau film 'Babylon'.

SYNOPSIS

Dans les années 1920, alors que Hollywood est en pleine transition entre le muet et le sonore, le jeune Manny Torres commence sa carrière dans l’industrie cinématographique comme assistant. Il débarque dans un microcosme démesuré où l’excès et la folie règnent en maîtres.

Babylon du réalisateur Damien Chazelle retrace l’ascension et la chute de différents personnages lors de la création d’Hollywood, une ère de décadence et de dépravation sans limites.

NOTRE CRITIQUE

À moins de 40 ans, Damien Chazelle s’impose comme l‘un des réalisateurs phares de sa génération et celle du septième art. Inutile de vous dire qu’il le prouve une fois de plus avec Babylon, le film somme de toute sa carrière. Une parfaite addition de ce qui a fait la grandeur de ses précédents projets. L’art, le cinéma, le jazz, sa passion pour le vieux Los Angeles, pour ses histoires d’amour, son acharnement sur le travail, sa relation avec le temps et sur les traces que l’on laissera derrière soi. Babylon, c’est le « Once upon a time… in Hollywood » de Damien Chazelle. Son film le plus ambitieux, le plus imposant, le plus expressif. Dans Babylon vit une démesure décomplexée, notamment lors de cette première heure au bordel intersidéral qui n’est pas arrangé par un montage dynamique et inarrêtable. Damien Chazelle convie son spectateur à une fête de la vie démentielle où le trop n’est jamais assez. De la drogue, de l’alcool, des nains bondissants sur des pénis géants, du sexe, des trucs de crados, et même des éléphants.

Dans Babylon y est filmé l’âge d’or d’un cinéma Hollywoodien des années 20, ainsi que des personnes qui ont fait de cette période un moment suspendu dans le temps, où chaque acte n’avait aucune conséquence dans « le plus bel endroit du monde » à l’instant même où le mot « action » y était prononcé. Un voyage temporel triomphant où une ribambelle de personnages atypiques nous sont présentés lors d’une folle soirée aux mille et unes paillettes. Les années 20, ses moments de gloire, ses changements et ses périodes un peu plus sombres. Une période que Damien Chazelle arrive parfaitement à capter de par son œil de passionné, un œil qui arrivera à sublimer Margot Robbie, plus qu’aucun autre cinéaste ne l’a fait jusqu’à présent. La personnification de l’envie, de la soif de reconnaissance et de la vengeance. Le portrait typique d’une actrice hollywoodienne de ce temps-là, lors de la transition Muet/Parlant.

Une transition saupoudrée de parfaites références lors de séquences irrésistibles et tordantes, mais par moments tragiques et logiques arrivé à un stade du film. Une réflexion ingénieuse et poétique sur le passé, le présent et le futur d’une industrie qui a fait rêver tant de personnes. Babylon, c’est un rêve, c’est une plongée dans un monde décadent, dynamique, noir, et complètement fou par instants. Damien Chazelle réalise ici son projet le plus ambitieux d’une manière qui repousse les codes et qui pousse les curseurs encore plus loin. Tournages chaotiques sur fond de champ de bataille avec des figurants enragés, banquet de bourgeois qui se termine en feu d’artifice de vulgarité, coups de gueule explosifs lors de prises de sons interminables, visite sordide dans le Los Angeles sous terrain..

Babylon est un hommage à un art qui ne cesse de grandir jour après jour, à une envie dévorante de faire bouger les choses et participer à un futur plus que flou, parfois incompréhensible. Tels Rick Dalton et Cliff Boothe dans Once Upon a time in Hollywood, nous nous retrouvons avec des personnages dépassés par les événements face à une industrie qu’ils ne comprennent plus. S’ensuivra une plongée terrifiante dans les enfers d’une magnifique ville défaillante aux côtés d’un Tobey Maguire qui s’éclate dans un rôle loufoque et glaçant. Au sein de cette intrigue, nous y retrouvons des personnages attachants, qui ne cesseront d’évoluer psychologiquement en fonction de leurs statuts, passant de la première journée de rêve sur un plateau de tournage avec une célèbre star, à un honteux enregistrement de musique en tant que chef de studio. Le personnage de Mannie est d’une surprise totale quand on voit la performance de ce Diego Calva, jusqu’ici inconnu au bataillon.

On y retrouve des histoires qui s’entremêlent, tout comme les thèmes musicaux du compositeur de génie Justin Hurwitz. Qui une fois de plus, se surpasse quand il s’agit de créer une géniale partition d’une jouissance absolue. Une bande originale qui, à coup sûr, fera énormément parler aux Oscars de cette année. Du festif « Voodoo Mamma » au plus posé « Nellie’s and Mannie’s theme » en terminant par ce vibrant « Finale », Justin Hurwitz n’a plus rien à prouver à la profession. Tout comme Damien Chazelle qui terminera ce joyau de cinéma par un feu d’artifice épatant, et d’un amour inconditionnel pour un art qui nous aura tous réuni et qui aura été construit au préalable par un tas de figures exceptionnelles à n’importe quelle époque de sa création.

Babylon est un sans-faute de trois heures, qui passe comme une lettre à la poste. C’est une œuvre qui laissera les passionnés et les fans de premier rang sans voix. Qui arrivera sans nul doute à parler aux néophytes. Babylon, c’est la preuve que le cinéma en a sous le capot, et que des millions de gens seront encore là dans dix ans pour le faire perdurer. Grand film.

EN DEUX MOTS

Damien Chazelle repousse les codes de son cinéma et additionne ceux qui ont fait toute la gloire de sa filmographie. Une démesure démentielle dans un Hollywood en perpétuel changement avec en son cœur des personnages dépassés interprétés par des acteurs éblouissants (Margot Robbie en tête). Une fête de la vie, et du cinéma comme on ne l’ a jamais vu auparavant.

4,5

Note : 4.5 sur 5.

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