CRITIQUE | FILM

EVIL DEAD BURN : un petit feu de paille

Critique | Papa Sam Raimi continue de refiler son bébé à une nouvelle génération de jeunes cinéastes. Après Evil Dead (2013), réalisé par Fede Álvarez, et Evil Dead Rise (2023), c'est au tour du jeune Français Sébastien Vaniček de proposer sa propre vision de l'univers des morts-vivants. Une saga culte qui ferait peut-être mieux de ne pas être autant déterrée des profondeurs..

SYNOPSIS

Après les funérailles de son mari, Alice rejoint la demeure isolée de sa belle-famille pour un dernier repas organisé en sa mémoire. Mais ce qui devait être un moment de recueillement tourne au cauchemar lorsque les membres de la famille se métamorphosent, les uns après les autres, en créatures démoniaques. Piégée dans cette nuit d’horreur, Alice découvre que les vœux qu’elle a autrefois prononcés continuent de la lier à son époux.. bien au-delà de la mort.

© Evil Dead Burn

Evil Dead Burn est un film d’horreur coécrit et réalisé par Sébastien Vaniček, sorti en 2026. Sixième volet de la franchise Evil Dead, créée par Sam Raimi, le film propose une nouvelle histoire indépendante tout en s’inscrivant dans l’univers emblématique de la saga.

NOTRE CRITIQUE

Quelques années après Evil Dead Rise, la saga reprend vie. Encore, me direz-vous. Mais cette fois-ci, il y a un vrai intérêt pour les Français de tendre l’oreille, car derrière la caméra se trouve Sébastien Vaniček. Après son petit succès avec Vermines, satisfaisant film d’horreur infesté d’araignées, le jeune réalisateur hérite de la lourde tâche de faire perdurer l’héritage de Sam Raimi. Comme bon nombre de cinéaste finalement ces dernières années. En tant que fan, on comprend aussi son enthousiasme pour ce projet, mais derrière cette belle annonce, a-t-on le droit à un bon film ?

On aurait aimé répondre oui, mais non. Force est de constater que le réalisateur français revient avec les défauts déjà visibles dans Vermines, auxquels s’ajoute les contraintes inhérentes à ce genre de grosse production américaine. Evil Dead Burn devient, de fait, un nouveau produit marketing qui n’enrichit en rien le lore. Par contre, Sébastien Vacinek subit des contraintes, mais ne dilue pas trop son style –pour le meilleur ou pour le pire.. L’introduction, surcuté et survitaminée, veut nous faire croire que le film démarre pied au plancher et ne relâchera jamais le rythme. De la poudre aux yeux qui impressionnera, par sa violence gratuite, quelques adolescents. Mais une fois cette entrée en matière dissipée, le brouillard laisse apparaître le vrai problème du film : son scénario. Il faut dire qu’on n’est pas de grands fans de l’écriture de Florent Bernard. Trop naïve dans Nous, les Leroy, trop fonctionnelle dans Vermines, et ici, beaucoup trop répétitive et stérile. Car dans Evil Dead Burn, l’intrigue n’existe que pour le gore ou le démonstratif. La plupart des bonnes idées sont expédiées, ou dépriorisées par l’action. Sauf que cet enchaînement finit par devenir une sorte de montagnes russes sans looping, et surtout sans fin. Malgré toute la bonne volonté du duo Vaniček/Bernard, et leurs nombreux clins d’œil à Sam Raimi, Evil Dead Burn donne toujours l’impression de vouloir prouver qu’il mérite sa place. Les personnages zonent autour de l’héroïne comme de pinatas destinées, tôt ou tard, à se faire éventrer ou exploser le visage. Sur le papier, ça pourrait donner du fun et du régressif jubilatoire, sauf que Sébastien Vacinek refuse constamment l’esprit série B.

© Evil Dead Burn

Evil Dead Burn est une toute petite démonstration de savoir-faire « façon cinéma français« . Comme si ce rendez-vous hollywoodien arrivait trop tôt pour Sébastien Vaniček, ou comme s’il n’avait pas encore eu le temps de se faire les dents sur un autre projet type Vermines. Ici, tout est là pour convaincre les studios américains, c’est aussi pour cela que tout semble expéditif. « Regardez, nous aussi en France, on sait faire du cinéma de genre gore« . Et cette volonté de prouver quelque chose finit par prendre le pas sur le récit. Le scénario en pâtit profondément, sacrifié au profit du ton trop sérieux de la mise en scène. Celui-ci qui entre en conflit avec ce que l’on attend d’un Evil Dead : un film irrévérencieux et excessif.. Un peu frustrant, car Sébastien Vaniček incarnait (déjà) l’un des visages prometteurs du petit et nouveau cinéma français. Pourtant, Evil Dead Burn accouche d’un épisode tristement conventionnel. Son sous-texte est enseveli encore plus profondément que les cadavres qu’il déterre. On égratigne le sujet, de très loin, mais on préfère surtout bombarder en litre d’hémoglobine pour marquer le coup. Mais même dans ce registre, Evil Dead Burn n’est pas tant disruptif. Si un appui-tête planté dans une trachée suffit à faire croire à un sommet de violence, alors le futur d’Hollywood se trouve peut-être chez mon garagiste. Au final, rien de neuf sous le soleil brûlant d’Evil Dead, mais un moment légerement amusant, où Sébastien Vaniček réussit tout de même à faire exister le cinéma français dans les petits contrats d’Américains.. Ça sert un peu la cause, c’est pas plus mal.

EN DEUX MOTS

La couleur si particulière des premiers Evil Dead a totalement disparu, remplacée par des suites toujours plus convenues. Le vent de fraîcheur français n’y change malheureusement rien. Sam Raimi préfère gagner de l’argent avec sa franchise que de la réinventer. Dommage, Evil Dead méritait mieux qu’une simple machine à produire des suites.

2,5

Note : 2.5 sur 5.


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