CRITIQUE | FILM

BRAND NEW DAY : Spider-Man rate sa mue

Critique | L’Homme-Araignée est de retour au cinéma, et c'est déjà un carton : avec un milliard de dollars de recettes dépassé en seulement une semaine, Spider-Man : Brand New Day est forcément un immense succès commercial. Mais le film est-il également une réussite critique ?

SYNOPSIS

Quatre ans après que le monde a oublié son identité, Peter Parker poursuit sa vie de Spider-Man dans une solitude grandissante. Toujours protecteur de New York, il découvre une nouvelle menace capable de contrôler les esprits et dont les plans semblent liés aux secrets les mieux gardés du Damage Control. Seul capable de résister à son influence, Peter doit enquêter sur cette mystérieuse force tout en affrontant ses propres changements.

© Spider-Man: Brand New Day

Alors que ses pouvoirs évoluent de manière imprévisible et que son passé avec MJ et Ned refait surface, Peter se retrouve confronté à un ennemi capable de manipuler les souvenirs et les émotions. Pour sauver ceux qu’il aime et comprendre la vérité derrière cette menace, Spider-Man devra accepter une nouvelle part de lui-même.

NOTRE CRITIQUE

À l’aube d’un affrontement contre Doom, Marvel nous propose un nouveau chapitre Spider-Man. Pour Brand New Day, Tom Holland devient de fait l’acteur ayant le plus longtemps porté le costume de l’Homme-Araignée au cinéma. Mais est-ce pour le meilleur..

Pour ce quatrième film avec l’acteur britannique, on retrouve les mêmes travers qui parasitent ses dernières apparitions sous le masque. Tom Holland est prisonnier de cette version du personnage : un teenager bodybuildé qui ressemble plus à une caricature netflixienne du lycéen qu’à un Peter Parker réellement brisé, au fond du trou ou mal dans sa peau. Pourtant, c’était l’occasion idéale pour déconstruire ce héros. Peter Parker a tout perdu : son identité, ses proches, sa place dans le monde. On attendait donc sa transformation, mentale comme physique. Ce genre de transition qui aurait pu s’apparenter à une forme de dépression ou de reconstruction personnelle. Mais le film ne fait qu’effleurer cette dimension. Le réalisateur Destin Daniel Cretton préfère rester en surface, synthétique et évasif, sans jamais réellement travailler son personnage de l’intérieur. C’est pourtant ce que certains retiennent comme véritablement point fort du film.. allez savoir pourquoi. Pourtant ici, Spider-Man reste cantonné à des problèmes de cœur : tiraillé entre l’anonymat qu’il désirait tant et la douleur d’avoir été effacé de la mémoire de sa petite amie. Au final, c’est encore des problèmes de gamins.. Ce héros ne grandit donc jamais vraiment, malgré toutes les épreuves traversées avec Tom Holland. C’est cette impression de stagnation, ce refus de faire évoluer réellement le personnage, qui finit par frustrer. Même si tout n’est pas à jeter..

© Spider-Man: Brand New Day

En même temps, après les trois films de Jon Watts, on a forcément revu nos attentes à la baisse.. Alors, quand Destin Daniel Cretton propose quelques idées de mise en scène et des scènes d’action plus dynamiques, on crie presque au renouveau. Alors que non, on revient simplement à ce qu’un blockbuster d’action hollywoodien est censé proposer de base. Avec Spider-Man: Brand New Day, Marvel Studios voulait reset l’histoire du personnage, mais pas reset sa manière de raconter les choses. Il faut encore une fois connaître les événements des précédents films et séries pour saisir pleinement les enjeux narratifs, mais surtout émotionnels, de ce nouveau Peter Parker. C’est donc toujours la même rengaine chez Marvel, les meilleurs projets sont souvent ceux qui vivent indépendamment du reste de l’univers, ceux qui s’émancipent de la continuité pour proposer un véritable parcours de super-héros. Car si Destin Daniel Cretton réussit à donner de l’ampleur à Brand New Day avec quelques plans d’action en haute voltige, il ne parvient par exemple jamais à représenter New-York vivant. Rarement la ville a semblé autant sortir d’un décor généré par intelligence artificielle. Ca fait terriblement fake. Entre les déplacements en toile d’araignée et ces bâtiments sous haute sécurité toujours aussi gris et austères, Marvel Studios fait une nouvelle fois la guerre à la couleur.

Ca aurait pu être un choix intéressant s’il se servait réellement de cette mise en scène pour refléter par exemple l’état mental de ce Peter Parker 2.0, privé de son identité et de ses proches.. mais ce n’est pas vraiment le cas. Par contre, la bonne surprise vient finalement de Jean Grey, incarnée par une Sadie Sink efficace. Ce personnage ambigu nous touche, aussi bien dans son écriture que dans sa capacité à renforcer les enjeux émotionnels du récit –notamment lors de la scène où elle prend possession de vous-savez-qui. C’est elle qui « déclenche » le nouveau Peter Parker, pour le tirer de son train-train quotidien qui ne fait que de tourner autour de : « oh, mes amis me manquent ouin-ouin« .

EN DEUX MOTS

Peter Parker n’arrive décidément pas à muer dans ce nouvel opus, qui se démarque surtout par contraste avec les précédents projets trop décevants. Dans Brand New Day, Destin Daniel Cretton refuse de faire de Spider-Man un héros entièrement mélancolique et reste sagement dans les codes du blockbuster hollywoodien.

3

Note : 3 sur 5.


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