SYNOPSIS
Elliot, un jeune homme naïf en quête de sens, décroche le poste de ses rêves auprès d’Erika Tracy, artiste provocatrice et figure incontournable de la scène artistique. Lorsqu’elle décide de faire de lui sa « muse sexuelle », ses fantasmes les plus audacieux semblent devenir réalité. Mais cette relation l’entraîne bientôt dans un univers trouble où se mêlent désir, obsession, pouvoir, manipulation et trahison…


NOTRE CRITIQUE
Gregg Araki effectue enfin son grand retour derrière la caméra. Entre-temps, le réalisateur s’est aventuré du côté des séries avec son projet Now Apocalypse, ou encore de la réalisation sur d’autres projets comme 13 Reasons Why, Riverdale ou encore Dahmer.
Et depuis ses débuts au cinéma… le monde, la société et les mentalités ont profondément changé. Entre le mouvement #MeToo, le retour d’un certain puritanisme aux Etats-Unis, ainsi qu’une nouvelle génération dont une partie revendique vouloir voir moins de sexe à l’écran, Araki choisit de répondre avec une œuvre qu’il décrit lui-même comme une véritable “lettre d’amour au sexe”. Une intention qui pouvait laisser craindre un film complètement déconnecté de son époque –et c’est d’ailleurs ce que certains spectateurs lui ont reproché. Cependant, l’artiste provocateur reste fidèle à lui-même tout en ayant pris conscience des pièges dans lesquels ne pas tomber ! Présenté comme un thriller érotique, I Want Your Sex est en vérité beaucoup plus proche d’une comédie délicieusement absurde. Derrière la relation BDSM qui unit progressivement Elliot (Cooper Hoffman) à son employeuse Erika (Olivia Wilde), Araki s’amuse autant des rapports de domination que du petit monde de l’art contemporain, tourné en dérision à travers des performances volontairement grotesques. Plus que le suspense, c’est l’humour qui prend rapidement le dessus, donnant naissance à un film aussi drôle que sulfureux. La véritable star icône du film reste sans doute Olivia Wilde. Excentrique, hypnotisante et terriblement charismatique, elle compose une artiste aussi fascinante qu’imprévisible, éclipsant presque tous les autres personnages dès qu’elle apparaît à l’écran ! Face à elle, Cooper Hoffman confirme tout le bien que l’on pensait déjà de lui depuis Licorice Pizza. Son interprétation naïve mais attachante fonctionne parfaitement et lui permet de ne jamais souffrir de la comparaison avec James Duval – l’acteur emblématique du cinéma d’Araki (qui nous offre d’ailleurs un superbe caméo destiné aux fans de longue date !). Même Charli XCX qui fait ses débuts sur grand écran, et que l’on n’attendait pas forcément dans un tel registre, surprend agréablement en trouvant sa place sans jamais donner l’impression d’être un simple coup de casting.

Pour autant, il est en effet difficile de ne pas ressentir que le Gregg Araki de 2026 n’est plus exactement celui des années 1990. Là où The Doom Generation, Nowhere ou encore Kaboom repoussaient constamment les limites de la provocation, I Want Your Sex paraît finalement beaucoup plus sage. Les scènes sexuelles restent étonnamment mesurées, certains personnages secondaires manquent de l’épaisseur dont Araki avait autrefois le secret, et l’ensemble semble parfois moins chaotique que ses œuvres les plus cultes. Cependant ce n’est pas forcément un défaut : le cinéaste ne cherche plus à provoquer pour provoquer, mais plutôt à défendre une vision décomplexée du désir face à une époque qui l’est beaucoup moins. On retrouve sa patte immédiatement reconnaissable qui fait tout le charme de son cinéma : des couleurs pop, des décors artificiels, un humour queer assumé, des personnages délicieusement mélancoliques et excessifs, et ce côté presque artisanal qui culmine jusque dans le bêtisier du générique de fin. On sent que les acteurs.ices prennent autant de plaisir que leur réalisateur, et cette énergie communicative finit par l’emporter sur les quelques frustrations. Alors oui, le film est moins scandaleux qu’autrefois, cependant le cinéaste (aujourd’hui sexagénaire) n’a pour autant rien perdu de son envie de célébrer le sexe, la liberté et les marginaux avec une sincérité qui lui ressemble toujours autant.
À défaut d’être aussi scandaleux qu’autrefois, Gregg Araki rappelle que son cinéma n’a jamais eu pour unique ambition de provoquer. Le vrai scandale n’est peut-être plus le sexe queer… mais le fait qu’il continue à écrire et filmer avec autant de joie et de sincérité, célébrant inlassablement celles et ceux qui vivent, aiment et désirent en marge. Et pour ça, merci Araki.
EN DEUX MOTS
Moins transgressif que ses œuvres des années 90, I Want Your Sex prouve qu’Araki n’a rien perdu de son regard tendre sur le désir et les marginaux. Une comédie érotique imparfaite et profondément arakienne, portée par une Olivia Wilde irrésistible.
4
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