CRITIQUE | FILM

LA BOUCHE DU DIABLE : sans aucun mordant

Critique | Le survival de l'été qui pourrait vous faire annuler vos vacances en Thaïlande. Prime Video nous enferme dans une grotte submergée avec un énorme requin. Et ils ont osé appeler ça sobrement : La Bouche du Diable.

SYNOPSIS

Cinq étudiants s’offrent une dernière aventure avant d’entrer dans la vie active en participant à une excursion de plongée dans un réseau de grottes isolées, surnommé la « bouche du Diable », au large des côtes thaïlandaises. Mais leur escapade vire rapidement au cauchemar lorsqu’ils se retrouvent piégés sous l’eau, sans possibilité de remonter à la surface.

© La Bouche du Diable

Comme si le manque d’oxygène ne suffisait pas, un requin-bouledogue rôde dans les galeries englouties et commence à les traquer un à un. À mesure que l’air se raréfie, les tensions explosent, les rancœurs enfouies ressurgissent et chaque décision peut leur coûter la vie.

NOTRE CRITIQUE

Les longs métrages estampillés Prime Video.. On ne sait pas si la plateforme américaine a déjà produit un film potable en de vingt ans d’existence. Mais avec La Bouches du Diable, un survival aquatique en huis clos dans une grotte thaïlandaise, on entretenait un minuscule… cellulaire… presque embryonnaire espoir de s’amuser un peu.. Le visionnage est terminé, et ce n’est pas le terme « s’amuser » qui qualifiera notre expérience..

Malheureusement, Prime Video refait du Prime Video. Le plus étonnant, c’est que la plateforme a vraiment une patte graphique à elle. Une patte qui pue la merde, c’est vrai, mais qu’on reconnaît dès la première minute de chaque film. Un décor paradisiaque ou luxueux en toile de fond, des teenagers qu’on a vaguement déjà croisés dans d’autres productions du genre, des dialogues de con et ensuite, on peut y coller à peu près n’importe quel scénario. La chance qu’on a avec La Bouche du Diable, c’est qu’il évite enfin l’éternelle sous-intrigue de romance adolescente pour aller vers un terrain bien plus fun : celui du survival. Donc une fois passée cette introduction assez moche et inutile, le film plonge enfin dans cette fameuse grotte et se transforme en huis clos. « Oppressant » serait un grand mot, mais le cadre naturel et l’environnement aquatique réussissent à tirer leur épingle du jeu, même si on y voit pas grand chose là-dedans. Ca fonctionne surtout lorsque le réalisateur Jeff Wadlow exploite la profondeur des fonds et cette peur viscérale de l’inconnu en dessous, chez le spectateur comme chez les personnages. Alors oui, il faudra patienter, car pendant trente longues minutes le film se balade dans les galeries sous-marines pour placer tous ses fusils de Tchekhov, avant de daigner nous offrir un peu de danger. Mais quand le requin décide de pointer le bout de son museau, on peut déposer le cerveau (on le dépose souvent dès qu’on lance Prime Video) et profiter du spectacle. Parce que dans ce régressif sage et timide, le cinéaste finit par proposer des scènes censées être gores qui basculent presque dans le burlesque. Et c’est là que le film devient amusant. Le requin ne déchiquette pas ses victimes, il les fracasse contre les parois de la grotte. Le plus drôle, c’est que ces choix ne sont certainement pas intentionnels, c’est une conséquence du cahier des charges Prime Video.

© La Bouche du Diable

En plus, on retrouve ce groupe de teenagers insupportables que Prime Video adore mettre en avant dans ses productions. Des fils de bourgeois assez pédants, plus proche des neveux de Jeff Bezos que de vous et moi. C’est souvent agaçant dans une romance, mais là.. c’est un survival. Du coup, c’est presque jubilatoire de voir des personnages aussi exécrables se faire détruire par un requin. Le contre-emploi fonctionne, même si, encore une fois, on a l’impression que ce décalage n’était pas totalement assumé par le film. Dans La Bouche du Diable, on retrouve d’ailleurs l’actrice fétiche de la plateforme svod, Kathryn Newton, qui reproduit malheureusement le même jeu d’un projet à l’autre. Prenez de vrais mauvais acteurs la prochaine fois, quitte à aller dans le nanar, ça sera toujours mieux que ça. On pourrait d’ailleurs comparer le film à Nature Prédatrice, sorti cette année sur Netflix, mais paradoxalement, les deux productions ont très peu de points communs.

La Bouche du Diable ne cherche pas la tension pure, mais mise plutôt sur son environnement labyrinthique, où une menace invisible rôde. Une véritable chasse au chat et à la souris, avec un climax particulièrement absurde où la souris finit par exploser la tête du chat à coups de pierre. C’est justement à ce moment-là qu’on commence à apprécier le film et que le film commence à s’apprécier lui-même aussi. Si seulement Prime Video arrêtait d’aborder ses projets avec les mêmes formules visuelles et les mêmes réflexes de mise en scène, la plateforme pourrait peut-être proposer des œuvres qui sortent enfin du lot. Netflix l’a déjà fait, donc qu’est-ce qu’ils attendent.

EN DEUX MOTS

Derrière la soupe visuelle habituelle de Prime Video se cachent quelques bonnes idées de huis clos, qui ne fonctionnent réellement que lorsque le film débride son côté régressif. Dans le haut du panier de la plateforme, mais dans le ventre mou du reste.. (ou dans celui du requin).

2,5

Note : 2.5 sur 5.


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